La lutte contre le paludisme, état des lieux et principaux enjeux

Date de publication
jeu 23/04/2020 - 10:00
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A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme, en 2019, Adeline Lautissier, chargée de projets au département Santé d’Expertise France dressait un état des lieux de la maladie et des principaux enjeux de la lutte contre sa propagation, entre accès élargi à la prévention et aux soins, et résistance aux traitements et aux insecticides. L’occasion également de revenir sur l’action de l’Initiative 5%, en lien avec les programmes du Fonds mondial, à l’approche de la Conférence de reconstitution des financements qui a eu lieu en octobre 2019.

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Qu’est-ce que le paludisme ?
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Le paludisme est une maladie parasitaire transmise à l’homme par un moustique. Les symptômes pseudo-grippaux sont similaires à d’autres maladies comme la dengue ou Ebola, ce qui ne facilite pas le diagnostic clinique. C’est une des maladies les plus meurtrières au monde : près de 40% de la population mondiale y est exposée. Le paludisme touche une centaine de pays dans le monde, particulièrement les zones tropicales défavorisées d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. L’Afrique est, de loin, le continent le plus touché avec 90% des cas de paludisme recensés dans ses zones tropicales.

 

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Quelle est l’évolution actuelle de la maladie ?
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Considérée comme l’une des plus grandes réussites du 21ème siècle en matière de santé publique, la lutte contre le paludisme a permis de réduire de 60% les taux de mortalité depuis le début des années 2000. Ces progrès semblent cependant avoir engendré une baisse de vigilance : on observe aujourd’hui, et pour la première fois depuis 10 ans, une hausse de la mortalité. Alors que des outils efficaces pour lutter contre la maladie existent, ils ne sont pas encore suffisamment disponibles pour les populations les plus vulnérables, les plus défavorisées et probablement les plus éloignées des premiers centres de santé.

"L’un des principaux enjeux de la lutte contre le paludisme aujourd’hui est d’élargir l’accès aux outils de prévention et aux traitements existants auprès des populations les plus vulnérables"

Par ailleurs, des inquiétudes émergent en lien avec le développement de résistances aux insecticides et aux traitements. Ces résistances aux traitements, identifiées en Asie du Sud-est, ne rendent pas les médicaments inefficaces, mais retardent leur action. L’inquiétude porte sur une propagation de parasites résistants de l'Asie du Sud-Est vers l'Afrique, où la plupart des décès liés au paludisme surviennent.

L’approche globale pour lutter contre le paludisme comporte trois volets

  • La prévention, qui consiste en des mesures environnementales (assainissement des zones humides, lutte anti-moustique par épandage d’insecticides, protection par des moustiquaires...) ;
  • Les traitements combinés à base d’artémisinine, dont l’enjeu est de les prescrire suffisamment tôt pour éviter toute évolution vers une forme grave de la maladie ;
  • Le diagnostic.

 

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Qui sont les acteurs investis dans la lutte contre le paludisme ?
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Les pays concernés par la maladie développent tous des programmes de lutte contre le paludisme. Le Fonds mondial, dont la France est l’un des plus grands contributeurs, est, avec 60% du financement international, le bailleur le plus important de ces programmes. Dans la perspective de la Conférence de reconstitution des financements du Fonds mondial qui se tiendra en octobre, l’un des principaux enjeux est l’augmentation de l’investissement. Le Fonds mondial estime que 2,7 milliards de dollars US ont été investis dans la lutte contre le paludisme en 2016, soit moins de la moitié de l’objectif de financement fixé pour 2020.

Il est important de rappeler que le Fonds mondial est une forme de partenariat, unique dans le paysage international, entre les pays bailleurs, les pays récipiendaire de financements, la société civile, le secteur privé et les communautés affectées. Tous représentés au conseil d’administration, ils déterminent ensemble les stratégies du Fonds mondial pour orienter les financements. Les mécanismes d’allocation des fonds sont complexes, mais globalement définis par pays, notamment en fonction de leur richesse (PIB) et de leurs situations épidémiologiques. Ceux sont les pays eux-mêmes qui définissent leurs stratégies nationales de lutte contre le paludisme, sur la base des recommandations de l’OMS, et qui constituent la base de leurs requêtes de financement auprès du Fonds mondial. L'appropriation et le leadership par les pays, avec la participation des communautés, sont essentiels pour accélérer les progrès.

D’autres acteurs sont mobilisés, comme la Fondation Gates qui finance, entre autres, des activités en recherche et développement, la société civile qui par des actions de plaidoyer vise à mobiliser les décideurs et qui est souvent l’un des acteurs majeurs de la mise en œuvre des programmes, et enfin la recherche, le secteur privé et les partenaires techniques comme le Partenariat RBM ou l’OMS.

 

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Quelle est l’approche conduite par l’Initiative 5% ?
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L’enjeu immédiat est d’élargir l’accès des populations vivant dans les zones endémiques à des traitements efficaces et aux moyens de prévention existants. La recherche opérationnelle, l’un des volets d’appui de l’Initiative 5%, a pour objectif de produire de la connaissance afin d’améliorer la qualité et la performance des programmes et/ou des systèmes de santé. L’idée est de tester des stratégies, des outils et des méthodologies directement utiles, notamment sur des interventions ciblées, puis de les mettre à l’échelle, si elles sont pertinentes, à travers les financements du Fonds mondial.

Dans les appels à projets lancés par l’Initiative 5%, nous privilégions les approches multi partenariales et pluridisciplinaires avec un accent fort sur les sciences sociales, le renforcement de capacité, le lien avec la société civile et les acteurs de la recherche, et l’intégration du genre. Parmi les projets de lutte contre le paludisme financés par l’Initiative 5% et mis en œuvre par nos partenaires de la recherche, on peut citer, entre autres: la mise à jour des données épidémiologiques en Mauritanie, le test d’une combinaison d’interventions préventives dans des zones de résistances émergentes aux insecticides au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, l’évaluation de la résistance aux insecticides chez les vecteurs du paludisme au Laos, la création d’un réseau de travailleurs forestiers pour éliminer la transmission du paludisme en forêt au Cambodge, ou encore, la surveillance des résistances aux traitements dans les 5 pays du Grand-Mékong.

 

Propos recueillis pour Expertise France, par Claudia Di Quinzio, le 25/04/2019

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